La p'tite question

La Cellule de culture scientifique et technique collabore avec un chercheur d'Aix-Marseille Université pour répondre de manière simple à une question du quotidien. Cette réponse est publiée dans la rubrique "La p'tite question du mois" de la lettre AMU et "Explique-moi pourquoi" dans La Provence.

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D’où vient l’expression avoir la pêche ?

Une personne qui a la pêche nous semble bien sympathique : pleine d’entrain et d’énergie, elle a souvent bon moral. Voici une expression à la mode, qui se diffuse de nos jours jusque dans la presse et les textes littéraires. Mais l’expression n’est pas récente : les lexicographes datent de 1960 son entrée dans la langue française. Plus récemment, on a vu apparaître dans les années 90 son petit frère, l’adjectif pêchu, qui permet de caractériser une personne qui a la pêche, qui est énergique. Le fait qu’un mot puisse donner naissance à un dérivé est un signe de sa bonne intégration dans la langue française et de sa vitalité : en somme, l’expression avoir la pêche a la pêche ! Mais les mots et expressions du langage familier s’érodent rapidement ; c’est pourquoi les locuteurs ressentent le besoin de renforcer l’expression : on entend souvent elle a une pêche d’enfer ! On remarque aussi qu’il existe d’autres expressions familières de sens proche : avoir la patate, avoir la frite.

Si l’expression avoir la pêche nous semble aujourd’hui commune, son origine reste obscure. Les rédacteurs de dictionnaires – les lexicographes – sont très prudents sur sa provenance. Comme cette expression est née à l’oral et qu’elle est principalement employée dans ce type de communication, souvent informelle, il est difficile de trouver des traces de ses premiers emplois. On commence à la voir apparaître dans des textes littéraires à partir des années 80, mais elle s’est implantée avant dans la langue française, dans des productions orales auxquelles nous n’avons pas accès.

Les locuteurs, eux, aiment donner du sens aux expressions qu’ils emploient et leur trouver des filiations. Sur le net, les internautes n’hésitent pas à proposer des hypothèses, mais qui ne semblent pas vérifiées : certains affirment par exemple que l’expression vient de la culture chinoise, dans laquelle la pêche est associée à la fécondité et à l’immortalité, et serait donc synonyme de bonne santé. D’autres avancent que l’expression viendrait du vocabulaire des sports de combat, où pêche désigne un coup de poing ; mais le rapport de sens n’est pas évident à établir entre un coup de poing et le dynamisme. Difficile de s’engager dans ces interprétations sans plus d’arguments. De fait, un lexicographe doit se fonder sur des attestations précises et nombreuses et sur des mécanismes généraux de diversification du sens pour pouvoir valider des hypothèses de filiation.

            On peut noter la polysémie du mot pêche dans le langage argotique : elle renvoie également à un étron (dans déposer une pêche, qui n’est plus très employé aujourd’hui), mais également, depuis le 19e siècle, à la tête, au visage, dans des expressions comme se faire épiler la pêche, au sens de « se faire raser », ou plus tardivement se fendre la pêche, « rire, s’amuser » (les noms de fruits sont fréquemment employés en argot pour désigner métaphoriquement le visage). Peut-être y a-t-il une filiation entre ce dernier sens et la valeur de dynamisme d’avoir la pêche ? On peut également noter qu’en anglais existe depuis le début du 20e siècle l’adjectif argotique peachy qui signifie « attrayant, merveilleux » (1926), et qui a peut-être eu une influence sur le français ; mais peut-on affirmer avec certitude que c’est là l’origine de notre expression ?

En définitive, il est parfois difficile de donner une réponse univoque, et, pour trouver l’origine des expressions argotiques, qui naissent à l’oral et pour lesquelles on a peu d’attestations dans des textes, le lexicographe risque fort de tomber sur un os !

Par Olivia Guérin, maître de conférences au Laboratoire Parole et Langage (LPL), Aix-en-Provence

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Pourquoi je me fais toujours piquer par les moustiques ?

Les enquêtes sociologiques regorgent de témoignages de personnes ayant l’impression de se faire plus piquer par les moustiques que d’autres. Les scientifiques peinent néanmoins à identifier les variables biochimiques en jeu tant les processus sont complexes. En outre, certaines personnes ne déclenchent pas de réaction cutanée, elles se font piquer sans le savoir. Enfin et surtout, l’être humain est souvent le producteur de ses propres moustiques. C’est le cas dans le Sud de la France où Aedes albopictus, le moustique tigre, s’est installé. La femelle pond ses œufs dans les multitudes de contenants que recèlent les espaces anthropisés. Ses larves se développent dans de petites quantités d’eau claire, puis les moustiques devenus adultes se reposent dans les espaces verts avant de prendre un repas sanguin pour pondre de nouveaux œufs. Les choix d’aménagement et les modes de gestion de nos maisons et de nos jardins urbains et périurbains favorisent tout particulièrement la présence du moustique tigre. Le meilleur moyen de ne pas se faire piquer par le moustique tigre, vecteur de la dengue, du chikungunya et du zika est de lutter contre le développement de ses larves.

Par Cécilia Claeys, maître de conférences en sociologie au Laboratoire Population Environnement Développement (LPED) UMR 151 AMU/IRD

© Erwan Guerin

 

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Pourquoi le Soleil brille ?

Dans la Grèce Antique, le Soleil n’était autre qu’un dieu du nom d’Hélios qui parcourait le ciel avec son char et prodiguait sa lumière aux humains.  Aujourd’hui, on sait que le Soleil est une étoile autour de laquelle gravitent la Terre et les autres planètes de notre système solaire. Le Soleil est essentiellement composé d’hélium et d’hydrogène. Ce sont 4 atomes d’hydrogène qui vont former un atome plus lourd appelé hélium. Lors de cette réaction, une partie de la masse des atomes va se transformer en énergie selon la fameuse formule d’Einstein : E=mc². Ce phénomène s’appelle la fusion nucléaire, possible grâce à des conditions de température et pression extrêmes. Les réactions alors produites génèrent de l’énergie sous forme de lumière et de chaleur. Il faudra plusieurs milliers voire millions d’années à cette énergie pour voyager du noyau à la surface du Soleil. Elle va ensuite s’échapper dans l’espace sous forme de lumière jusqu’à la Terre. Raison pour laquelle le Soleil brille. Reproduire l’énergie du Soleil sur Terre permettrait d’accéder à des ressources énergétiques illimitées tout en préservant l’environnement. C’est l’objectif du réacteur expérimental ITER, en construction sur le site de Cadarache (France).

Par Laura Ferry, doctorante à l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN)

© Christer

 

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Pourquoi l'Europe est-elle toujours représentée au centre des cartes ?

Le choix de représenter l’Europe au centre des planisphères n’est pas un acte arbitraire ou logique. En effet, la représentation d’une carte dépend avant tout de son système de projection. C’est ici qu’interviennent les travaux du géographe et mathématicien belge G. Mercator qui développe en 1569, la projection Mercator à l’origine des cartes européo-centrées. Bien que très utilisée en Europe, la projection Mercator et les cartes qui en découlent ne rendent pas compte de la véritable superficie occupée par tous les continents et ont tendance à sous-estimer la taille des pays de l’hémisphère sud. D’autres projections sont apparues comme celle de J. Gall et A. Peters qui, dans les années 70, tendent à réaffirmer la taille des continents africain et sud-américain. La carte reste donc une question de point de vue. On trouve aujourd’hui de nombreux exemples de planisphères qui se focalisent sur l’Asie, le Pacifique, les Pôles ou qui envisagent le monde d’un autre point de vue (planisphères océaniens). Il est donc important de garder à l’esprit que la carte reste un outil de représentation mais aussi de communication, dans un contexte historique ou politique donné, dont le but ultime est de montrer que, finalement, personne n’est le centre du monde.

Par Mathilde Vignau, doctorante au Laboratoire Temps, Espaces, Langages, Europe méridionale et Méditerranée (UMR 7303)

© Celso Flores

 

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L'abeille voit-elle mieux que l'Homme ?

L’abeille possède deux yeux composés d’une multitude de « facettes ».  Chacune capte un point lumineux comparable à un pixel. La reine, l’ouvrière et le mâle possèdent respectivement 3 500, 4 500 et 7 500 facettes par œil. Ce n’est rien à côté de l’œil humain qui possède l’équivalent de plusieurs millions de pixels ! À cause de la « faible résolution » de ses yeux, l’abeille perçoit les petits détails de son environnement uniquement lorsqu’elle est très proche alors que l’homme peut voir ces mêmes détails 60 fois plus loin.  Donc l’homme voit mieux que l’abeille sur le plan spatial, en nombre de « pixels ». Mais comment l’abeille fait-elle pour traverser une forêt dense sans se cogner et capturer d’autres insectes volant eux aussi à grande vitesse ?  Son secret réside dans la rapidité de sa vision. L’œil humain voit 20 images par seconde contre 100 pour celui de l’abeille. C’est comme si elle percevait son environnement au ralenti, elle peut donc réagir très vite. L’abeille voit plus vite que nous, elle est donc gagnante sur le plan temporel. Pour résumer, l’homme voit mieux les détails que l’abeille mais elle voit plus vite ! Enfin, ceci, sans inclure des concepts plus complexes comme l’hyperacuité. Mais ça, c’est une autre P’tite question   !

Par Erik Vanhoutte, doctorant à l'Institut des Sciences du Mouvement (ISM)

© Antoine Bovard

 

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Etait-ce Cendrillon ? Oui... avec probabilité 0.368

Une danse, une évidence. Puis minuit, le carrosse, la citrouille, la belle inconnue en fuite... et la pantoufle de verre.Le prince, éploré, s’en remit audit Merrill Flood, mathématicien américain (1908-1991) : « Là, sa pantoufle. Sers-t’en pour la trouver ! ». Hâté, Merrill se contraindrait à un seul essayage de soulier par prétendante et déciderait qu’après chacun, il statuerait si oui ou non il avait retrouvé celle, des « N » filles du royaume, qui le chaussait le mieux : rappeler une prétendante écartée serait exclu et la quête cesserait dès qu’il jugerait avoir trouvé l’élue... Pour arrêter la quête opportunément, Merrill fit essayer la pantoufle aux N/e (e=2,718) premières prétendantes, « e » pour exponentiel, c’est-à-dire une distribution de probabilités. Il donna une note à chacun de ces essayages, en retint la meilleure, A, puis renvoya ces demoiselles ; des filles restantes, il présenta au prince la première dont l’essayage valut plus que A ou, à défaut, la dernière d’icelles. C’était Cendrillon... avec probabilité 1/e=0,368. Et cette stratégie était optimale !

Par Liva Ravaivola, directeur du Laboratoire d'Infomatique Fondamentale (LIF)

© Florent Chretien

 

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Un jus de fruits = un fruit ?

Il existe plusieurs « types » de jus de fruits :

- le « pur jus » contient 100% de jus de fruits, sans aucun sucre ou additif ajouté.
- le « jus de fruits à base de concentré » a subi une déshydratation pour faciliter le transport puis une réhydratation avec souvent des traitements thermiques pour une plus longue conservation.
- le nectar de fruits est constitué de jus de fruits à base de concentré, ou d’une purée de jus de fruits, à laquelle de l'eau et du sucre ont été ajoutés. Ces nectars contiennent alors deux fois plus de sucres que les « pur jus » (20%).
- les boissons aux fruits contiennent au moins 10% de jus de fruits, ainsi que de l'eau et du sucre. Ils ne sont plus considérés comme des jus de fruits mais plutôt comme des sodas.

Les jus de fruits ont donc de nombreux inconvénients. Ils contiennent des sucres concentrés et à assimilation rapide qui provoquent un pic de sucre dans le sang et ne coupent pas la faim. Ne contenant plus de fibres alimentaires, ils ont perdu leurs effets positifs sur le transit. Les vitamines (notamment la vitamine C) et les antioxydants ont disparu progressivement après fabrication du jus et encore plus après ouverture de la bouteille. De plus, certaines études suggèrent que la pasteurisation augmenterait ce phénomène de perte de vitamines. Un verre de jus de fruits n’est pas l’équivalent d’un fruit entier !

Par Laurianne Bonnet, doctorante au laboratoire Nutrition, Obésité et Risque Thrombotique (NORT)

© Travis Hightower

 

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Pourquoi le ciel est-il bleu ?

Une couleur est un phénomène physique lié à la lumière, composée d’une ou plusieurs couleurs en fonction de sa longueur d’onde. Celles que l’œil humain est capable de voir font partie de ce que l’on appelle la « lumière visible », soient les longueurs d’onde contenues entre le bleu (courte longueur d’onde, 450 nm) et le rouge (grande longueur d’onde, 750 nm). C’est ce phénomène qui nous permet de créer des lasers de différentes couleurs. Le soleil émet une lumière blanche qui inclue toutes ou presque les longueurs d’ondes du domaine visible. Il est généralement dit que le ciel est bleu car il s’agit de la couleur de l’oxygène. En réalité, il s’agit de la diffusion de la lumière blanche du soleil par l’atmosphère. Lorsque la lumière pénètre dans celui-ci, elle entre en contact avec les molécules qui le constituent. Elles vont alors dévier la lumière en fonction de sa longueur d’onde un peu comme un prisme. Plus la longueur d’onde lumineuse sera basse, plus elle sera diffusée facilement.

Ainsi, les couleurs de courte longueur d’onde telles que le bleu seront très diffusées par l’atmosphère, alors que celles de grande longueur d’onde proche du rouge continueront de le traverser en ligne droite.

Par Guilhem Javierre, doctorant à l'Institut des sciences moléculaires de Marseille (ISM2)

© MLL

 

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Qu'est-ce que le développement durable ?

Les défis auxquels nos sociétés sont confrontées (changement climatique, croissance démographique, partage de l’eau, emprise numérique...) interrogent notre mode de développement basé sur l’accumulation de biens et de richesses, écologiquement et socialement peu vertueux.

L’idée nouvelle est de promouvoir un développement « durable » contre un développement qui ne l’est pas. Adoubé en 1992 par le sommet de la Terre de Rio, le développement durable invite à revisiter la notion de progrès où le respect de la nature, la prospérité partagée et le vivre ensemble en sont les maîtres mots. Sa mise en œuvre repose sur une approche systémique des enjeux et des réponses à apporter, invitant à davantage de transversalité entre les disciplines scientifiques, les organisations publiques et privées, les modes opératoires. En France, tout un arsenal législatif, fiscal, normatif contribue à imprégner le développement durable dans l’action publique et privée.

Sa faisabilité repose sur une transformation des pratiques à toutes les échelles de territoire, mais aussi sur une évolution des règles du jeu de l’économie mondiale. Les Etats, l’Union européenne, les Nations Unies sont sollicités pour initier une nouvelle gouvernance mondiale, démocratique et coopérative. Le milieu universitaire et de la recherche est mis sous les projecteurs car plus que jamais, nous avons besoin d’être guidés par les avancées scientifiques et techniques pour penser, faire différemment, en un mot être créatif.

Par Yvette Lazzeri, Enseignant-chercheur, Centre d’études et de recherche internationales et communautaires (CERIC)

© 2011 Montes Philippe

 

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Pourquoi la mousse de la bière disparaît plus lentement que celle d'un soda ?

Pour comprendre l’évolution d’une mousse, penchons-nous d’abord sur ce qui la constitue : les bulles. Que ce soit pour la bière ou pour les sodas, les bulles sont créées à partir d’un gaz présent dans un liquide. Ce gaz remonte à la surface de la boisson et se retrouve sous forme de poches gazeuses entourées de films minces de liquide. Une fois à la surface, les bulles résisteront dans le temps si elles sont entourées de molécules dites « tensio-actives ». Ces molécules forment une couche séparant le gaz du liquide. Mais pourquoi la mousse de la bière disparait-elle plus lentement que celle d’un soda ? La bière, contrairement aux sodas, possède, entre autres, des protéines issues de l’orge aux propriétés tensio-actives fortes qui permettent aux bulles de résister longtemps. Par ailleurs, il est parfois ajouté de l’azote au dioxyde de carbone naturellement présent dans la bière. En plus de créer une mousse plus fine, l’azote se dissout moins bien dans le liquide que le CO2, limitant ainsi fortement l’effet de murissement. Ainsi, la présence de tensio-actifs naturels et l’ajout d’azote assurent une tenue prolongée de la mousse de la bière face à celle des sodas.

Par Julien Deschamps, Maître de conférences, Institut de Recherche sur les Phénomènes Hors Équilibre (IRPHE)

© Cyril Caton

 

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Est-ce qu'on mange de l'ADN ?

Tous les êtres vivants, que ce soient un homme, une vache, un poulet, une pomme ou un grain de blé, sont constitués de minuscules briques élémentaires que l’on appelle les cellules. Si ces cellules peuvent former des êtres vivants aussi différents, c’est grâce à l’ADN que chacune contient et qui est protégé dans le noyau de la cellule. L’ADN possède un « code universel » sur lequel les cellules se basent pour organiser et construire tous les éléments qui les composent tels que les protéines, les lipides ou les sucres et qui contient tous les caractères propres à une espèce. Il y a donc de l’ADN partout où il y a de la vie ! D’ailleurs la vie elle-même pourrait être vue comme un processus dédié à protéger l’ADN et à le reproduire quand nécessaire.

Par conséquent, tous les aliments qui sont d’origine animale ou végétale contiennent de l’ADN en différentes quantités (même le chocolat). Nous pouvons ainsi consommer entre 0,1 et 1 gramme d’ADN par jour en moyenne en fonction de ce que nous mangeons. Par exemple, le foie de veau en contient une grande quantité alors que les céréales n’en contiennent que très peu.

Et après l’avoir mangé, que devient-il ? La plupart du temps, le travail de digestion de l’ADN commence avant même qu’il ne soit dans notre bouche puisque la cuisson ou certains modes de conservation des aliments dégradent une partie de l’ADN. Pour les aliments consommés crus, l’ADN sera, comme les protéines, les lipides et les sucres, dégradé en petits morceaux lors du processus de digestion par différentes enzymes dont certaines sont spécialisées dans la dégradation de l’ADN. Ces petits morceaux pourront être éliminés ou réutilisés par nos cellules pour construire de nouvelles molécules y compris nos propres molécules d’ADN.

Est-ce qu’on mange de l’ADN ? La réponse est oui !

Par Elsa Drivet et Stéphane Betzi, Centre de recherche en cancérologie de Marseille (CRCM)

© Pablo Gonzalez - INTA

 

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Pourquoi la neige est blanche ? 

Pour répondre à cette question, il faut savoir deux choses : la couleur d'un objet dépend de la lumière que celui-ci renvoie à notre oeil et la couleur blanche correspond à un mélange de toutes les couleurs. La neige est constituée de cristaux de glace dont les formes peuvent être très variées : en étoile par exemple. Ces cristaux sont imbriqués les uns dans les autres et leurs multiples facettes réfléchissent la lumière dans toutes les directions. Ce mélange de couleurs diffusées nous fait donc voir la neige blanche.

 

Par Evelyne Salançon, Maître de conférences, Centre interdisciplinaire de nanosciences de Marseille (CINaM)

 

 

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Pourquoi dit-on "travailler au noir" ?  

Au Moyen-Âge, en France, tous les aspects de la vie quotidienne étaient régis par la religion catholique et par les principes de la Création divine. Le Deus Creator de la Genèse a créé le monde et ses créatures en six jours, et s’est reposé le septième : c’est le repos dominical, que les chrétiens doivent respecter. De même, Dieu a fait alterner le jour et la nuit pour que ses créatures puissent se reposer. Le repos nocturne est même un devoir : il est interdit de travailler la nuit, comme il est interdit aux chevaliers de se battre après la tombée de la nuit. Les créatures nocturnes, qui rodent la nuit, sont jugées négatives, voire diaboliques, à l’instar du chat ou du hibou. Les échoppes de villes médiévales doivent baisser leur rideau avec l’obscurité, au risque de devoir payer une amende si le travail était fait dans l’obscurité de la nuit, à la lumière de la bougie et non à celle du jour. De là vient l’expression « travailler au noir » pour désigner le travail illégal, non toléré parce que pratiqué de nuit, et ensuite toute sorte de travail illégal, non déclaré. L’expression « marché noir » en découle directement pour désigner un commerce qui ne passe pas par les voies officielles, qui ne se fait pas au grand jour.

 

Par Valérie Gontero-Lauze, Maître de conférences, Centre interdisciplinaire d'étude des littératures d'Aix-Marseille (CIELAM)

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Pourquoi porte-t-on l'anneau à l'annulaire gauche ? 

L’habitude de porter l’alliance à l’annulaire gauche remonte à l’Antiquité et a perduré jusqu’à nos jours. La médecine repose alors largement sur le principe de l’analogie et du symbolisme. On pense qu’une veine relie l’annulaire gauche au cœur, siège des sentiments et de la passion amoureuse : la vena amoris, veine de l’amour. Porter un anneau à l’annulaire gauche signifie donc que son cœur est officiellement déjà pris, que l’on est marié, mais peut aussi servir à protéger cette précieuse veine.

Le nom annulaire vient du latin annularius, « doigt qui porte l’anneau » : l’étymologie est bien parlante en français, comme c’est le cas aussi en anglais et en allemand (ringfinger).

Et pourquoi un anneau plutôt qu’une autre bague pour dire l’amour dans le mariage ? La forme ronde de l’anneau, sans début ni fin, symbolise l’éternité du sentiment amoureux, comme on peut le lire dans un texte anonyme du XIIe siècle, Le Roman d’Eneas. La fin’amor célèbre l’amour qui n’a point de fin. En revanche, l’amour adultère possède d’autres codes. Au Moyen-Âge, Le Traité d’Amour courtois d’André le Chapelain conseille à ces amants de porter un anneau orné d’une pierre, mais cette fois-ci à l’auriculaire, et de tourner la pierre vers la paume de la main, pour symboliser l’amour qui doit rester caché. Cette pratique se situe dans la droite ligne de l’anneau de Gigès, anneau d’invisibilité que décrit Platon dans La République.

 

Par Valérie Gontero-Lauze, Maître de conférences, Centre interdisciplinaire d'étude des littératures d'Aix-Marseille (CIELAM)

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Pourquoi parfois 6+2 = 1 ? 

Quelle est la somme de 6 et 2 ? À cette question, nous répondons avec assurance 8, comme nous l'avons calculé des milliers de fois depuis l'école primaire. En réalité, 6 et 2 font parfois 1 !

Expliquons-le par un exemple de notre vie quotidienne. Supposons que chacun des jours de la semaine soit égal à un chiffre de sorte que lundi = 1, mardi = 2, mercredi = 3, … et dimanche = 7. Dans ce cas, « 6 + 2 » signifie «  2 jours après samedi », c'est à dire lundi. Or, dans notre cas, lundi = 1. Nous sommes donc bien dans une situation où 6 et 2 font 1. Les mathématiciens disent que l'on a réalisé une addition dans le groupe cyclique d'ordre 7. 

Tous les jours, nous sommes amenés à compter dans des groupes cycliques d'ordres différents. Les mois de l'année, comme les œufs, se comptent par douzaine. Les ordinateurs utilisent un « système binaire », c'est à dire basé sur 2 chiffres : 0 et 1. C'est ainsi un moyen simple de représenter toutes les informations contenues dans un ordinateur.

Notre système de comptage est basé sur 10 chiffres (0, 1, 2, … et 9) : on parle de « système décimal ». Pourquoi 10 ? Car nous comptons naturellement sur les 10 doigts des deux mains. De nombreuses cultures anciennes calculaient avec ce système : l'Égypte en premier (environ 3000 ans avant JC) puis la Chine et la Grèce. Les Maya, eux, utilisaient une base de 20 car ils se servaient aussi des doigts de leurs pieds ! Les Mésopotamiens quant à eux comptaient en base 60.

Par Kaidi Ye, doctorante au Laboratoire analyse, topologie et probabilités (UMR 7353)

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À qui appartient la mer ?

Cela dépend de l'endroit où l'on se trouve ! Les États se sont mis d’accord pour réglementer les espaces maritimes en signant, le 10 décembre 1982, la « Convention sur le droit de la mer ». Le principe général est que plus l’on s’éloigne des côtes, moins l’État a de prérogatives.

Très tôt, les grandes puissances maritimes ont souhaité exercer leur souveraineté sur les eaux adjacentes à leurs côtes. Au XIVe siècle, de nombreux pays appliquaient le concept de stroom selon lequel l’état était souverain dans la zone maritime correspondant à la distance à partir de laquelle une vigie, placée sur un navire, pouvait apercevoir la côte par temps clair ; cela correspondait à 21 km. Au XIXe siècle, c’est la théorie du hollandais Cornélis Van Bynkershoek qui prédomine. Le principe est simple : le pouvoir de l’État finit là où s’arrête la force des armes. Autrement dit, l’étendue de l’espace souverain est déterminée par la portée des canons soit à l’époque environ 5.5 km. Cet espace, que l’on appelle « mer territoriale » est aujourd’hui réglementé par la convention du droit de la mer. Elle s’étend jusqu’à environ 22 km à partir de la côte. Bien qu’étant souverain dans cette zone, l’État doit laisser le droit de passage inoffensif aux navires étrangers.

Au XXe siècle, de nouveaux défis sont apparus. La mer n’est plus seulement vue comme un espace de circulation de navires transportant des hommes et des marchandises, mais également comme un réservoir de richesses (pétrole, gaz…). Face à ce potentiel, et bien conscients que l’environnement marin devait être préservé, les états se sont accordés pour définir un socle de règles communes. Ainsi, jusqu’à 370 km au-delà de sa côte, c’est à l’État que revient la faculté de réaliser, de réglementer et de contrôler, toutes activités ayant des fins économiques ; c’est ce que l’on appelle la Zone Économique Exclusive. L’État fixera par exemple des quotas de pêche ou accordera des permis d’exploitation du pétrole. Enfin, au-delà de la ZEE se trouve la haute mer qui occupe plus de 70 % de la surface totale des océans et dans laquelle domine le principe de liberté, essentiellement en matière de navigation et de survol, de pêche et de recherche scientifique.

Par Loïc Roulette, doctorant au Centre de droit économique /centre de droit maritime et des transports (AMU)

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Pourquoi le chocolat fond dans la bouche ? 

Le chocolat est composé d’une matrice de beurre de cacao dans laquelle sucre, poudre de cacao et éventuellement lait sont dispersés. 
Si ces ingrédients dispersés ont un rôle central dans le goût du chocolat, sa texture, elle, est essentiellement contrôlée par les propriétés du beurre de cacao. Celui-ci est une matière grasse, c’est-à-dire un mélange de triglycérides. Lorsqu’ils se solidifient, ces triglycérides peuvent s’ordonner en formant différents réseaux. En d’autres termes, le beurre de cacao, comme beaucoup d’autres matières grasses, peut cristalliser sous plusieurs formes. Chacune de ces formes fond dans une gamme de température différente. Pour le chocolat, 6 formes distinctes sont caractérisées par des températures de fusion allant de 18°C à 36°C. L’une d’entre elle, appelée habituellement la forme V, fond aux alentours de 34°C. Si le beurre de cacao formant la matrice du chocolat est sous cette forme V, le chocolat fond dans notre bouche, qui est à 36-37°C, mais reste solide et croquant à température ambiante. Malheureusement, la forme V n’est pas obtenue spontanément à partir du chocolat liquide. À la place, c’est la forme IV qui est obtenue. Cette dernière donne une texture molle et pâteuse au chocolat qui fond dès 26°C. Les chocolatiers doivent appliquer un procédé, appelé tempérage, pour empêcher la formation de trop de forme IV et laisser ainsi la forme V se développer. Après tempérage, le chocolat obtenu est lisse, brillant et fond dans la bouche.

Par Frédéric Debaste, Professeur à l'Université de Bruxelles - invité par l'Association de cristallographie d'Aix-Marseille (ACAM)

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Est-ce que ce sont les races qui créent le racisme ?  

Le racisme est une idéologie qui s'est développée entre la fin du XVIe siècle et le XVIIIe siècle. Il repose sur un système de théories et de croyances postulant qu'il existerait différentes "races" dans l'espèce humaine. Les différences entre les hommes seraient inscrites dans les gênes des groupes concernés. Par ailleurs, certains groupes seraient supérieures à d'autres et donc en position de légitime domination. Le racisme suppose donc une vision hiérarchique de la société. En tant qu'idéologie, il a notamment été utilisé pour justifier des génocides ou des entreprises d'esclavage, de ségrégation ou de colonisation.
Les assises scientifiques du racisme idéologique ont été invalidées par les recherches menées en génétique durant la deuxième moitié du XXe siècle. Celles-ci ont démontré qu'il n'existait pas de « race » au sein de l'espèce humaine. Pourtant, le racisme perdure. Depuis les années 60, en France, il est dénoncé à travers le déni de reconnaissance sociale, les pratiques discriminatoires et les violences qu'il peut induire au sein de la société. De manière générale, il implique un ensemble des conceptions et de pratiques qui tendent à empêcher ou à limiter l'égal accès aux biens publics ou privés (santé, éducation, logement, emploi....).
Ce paradoxe indique que ce ne sont pas les « races » qui créent le racisme, mais le racisme qui crée les « races ». Le racisme doit être considéré comme un processus et les « races » comme le résultat d'une construction sociale. Pour décrire la dynamique de ce phénomène, on emploie en sociologie, le terme de racialisation. La  racialisation consiste à relever les traits ethniques de certains individus et à leur conférer une valeur négative afin de les différencier et de les inférioriser. Ce mécanisme crée ainsi des catégories ethniques ou ce que l'on appelle plus communément des « races ».

Par Rachida Brahim, doctorante au Laboratoire méditerrranéen de sociologie (LAMES

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Y-a-t-il des parfums de gauche et de droite ? 

En chimie organique, l’atome du carbone saturé a 4 « pattes » c’est à dire 4 liaisons simples. Dans une molécule il sera donc lié à 4 groupements d’atomes. Si ces 4 groupements sont différents, le carbone sera « asymétrique » et la molécule sera « chirale » : cette molécule (A) et son symétrique (B) par rapport à un plan ne seront pas superposables. (B) est l’image de (A) dans un miroir comme la main droite et la main gauche. (A) et (B) forment un couple d’énantiomères.

Ces deux molécules ont les mêmes éléments mais elles sont de géométries symétriques comme une paire de chaussures ! Si les 4 groupements dans (A) sont disposés dans l’espace selon une configuration R (rectus) et les 4 groupements dans (B) seront disposés selon configuration symétrique S (sinister). C’est le cas par exemple de l’acide lactique représenté ci-dessous.

Le mécanisme de l’olfaction est simple : les molécules d’un parfum sont dispersées dans l’air, pénètrent dans les narines et se posent sur les nerfs olfactifs. Le signal, la sensation va au cerveau qui cherche immédiatement à la reconnaître en « consultant » la mémoire olfactive.

Etant donné leurs géométries différentes, les énantiomères (A) et (B) vont générer deux sensations différentes … deux parfums différents : un parfum de « gauche » et un parfum de « droite ».

L’exemple classique est la molécule du limonène qu’on retrouve entre autres dans les agrumes : le limonène R a un parfum de citron, le symétrique le limonène S a le parfum de l’orange.

Par Hassane Bitar, ex-chargé de mission de culture scientifique pour l'Université d'Aix-Marseille

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Y-a-t-il un rapport entre justice française et traditions africaines ? 

Ce qui est considéré comme un mode de règlement moderne des litiges, adapté aussi bien, au litige commercial, civil que pénal, trouve en réalité sa source dans la justice traditionnelle africaine !

En effet, les africains ont toujours préféré le règlement amiable de différends au procès judiciaire. Avant la colonisation (et même aujourd’hui encore), les sociétés africaines fonctionnaient en termes de communauté à échelle variable : famille (parents, enfant, oncles, tantes, cousin germains, grand- parents…), tribus, clan, village, royaume, voire empire. Les différends étaient réglés au sein de ces communautés par un comité de sages choisi généralement parmi les plus âgés du groupe. L’audience avait lieu de jour, à l’ombre d’un grand arbre appelé « Baobab ». Les cas les plus graves étaient traités de nuit afin de permettre aux sages d’être inspirés dans leur jugement par les esprits des ancêtres et des divinités. Les antagonistes devaient discuter et, avec le concours des sages, aboutir à une solution pacifiste qui à la fois, satisferait les intérêts de chacun, et maintiendrait la cohésion du groupe. À l’issue de la séance, les belligérants devaient boire chacun dans la même calebasse de bière de miel (cas des Bariba de l’ancien royaume du Danhomey, actuel bénin), pour sceller leur réconciliation et marquer la fin du conflit.
Ce mode pacifique de règlement des différends est repris aujourd’hui par le droit moderne sous la forme du règlement amiable, de la médiation, de l’arbitrage.

Par Sylvie Bissaloue, doctorante au Centre de droit économique (CDE

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